Les fusillés de Châteaubriant
Ils sont appuyés contre le ciel
Ils sont une trentaine appuyés contre le ciel,
Avec toute la vie derrière eux
Ils sont pleins d’étonnement pour leur épaule
Qui est un monument d’amour

Ils n’ont pas de recommandation à se faire
Parce qu’ils ne se quitteront jamais plus
L’un d’eux pense à un petit village
Où il allait à l’école
Un autre est assis à sa table
Et ses amis tiennent ses mains
Ils ne sont déjà plus du pays dont ils rêvent
Ils sont bien au dessus de ces hommes
Qui les regardent mourir
Il y a entre eux la différence du martyre
Parce que le vent est passé là où ils chantent
Et leur seul regret est que ceux
Qui vont les tuer n’entendent pas
Le bruit énorme des paroles
Ils sont exacts au rendez-vous
Ils sont même en avance sur les autres
Pourtant ils disent qu’ils ne sont plus des apôtres
Et que tout est simple
Et que la mort surtout est une chose simple
Puisque toute liberté se survit.

René Guy Cadou
https://www.reseau-canope.fr/poetes-en-re…/…/rene-guy-cadou/
Fils d’instituteurs, né en 1920 en Loire-Atlantique, René Guy Cadou envoie, dès l’âge de 17 ans, ses poèmes à Max Jacob qui reconnaît aussitôt en lui un poète. Réformé pour cause de santé, il devient instituteur et rencontre Hélène, le grand amour de sa vie, inspiratrice de nombreux recueils. Durant l’Occupation allemande, il ne s’engage pas de façon militante mais ses écrits, notamment le recueil Pleine poitrine,témoignent de son soutien à la Résistance et de son désir de dénoncer la barbarie nazie, par exemple dans les poèmes« Ravensbrück » et « Les Fusillés de Châteaubriant ».

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