Catégorie : Actualité de la Déportation

Le Chant des Marais

Le Chant des Marais

 

« Dans ce camp morne et sauvage
Entouré de murs de fer
Il nous semble vivre en cage
Au milieu d’un grand désert »

« MAIS UN JOUR DANS NOTRE VIE, LE PRINTEMPS REFLEURIRA »

En hommage à tous nos déportés,
en ce premier jour du printemps,
et pour la méditation et la réflexion de chacune et chacun en cette période difficile de confinement,
d’exigence de civisme, de responsabilité et de solidarité,
nous partageons avec vous le Chant des Marais par la chorale de l’université de Rouen

Tout ce qu’ils ont traversé nous oblige.
Soyons dignes, et agissons avec conscience et fraternité.

Prenez soin de vous
#RestezChezVous

https://m.youtube.com/watch?v=m8cUKO8TZVk

Connaissez-vous l’histoire du « Chant des Marais » (das Börgermoorlied) créé par les déportés Johann Esser et Wolfang Langhoff, dès 1933, au camp de Börgermoor, devenu l’hymne de la déportation ?

À découvrir via le Musée de la Résistance et de la Déportation du Cher > http://www.resistance-deportation18.fr/…/Le_chant_des_marai…

Discours de Lucienne Nayet à l’inauguration du nouveau musée de la Résistance Nationale à Champigny-sur-Marne

Discours de Lucienne Nayet à l’inauguration du nouveau musée de la Résistance Nationale à Champigny-sur-Marne

Discours de Lucienne Nayet à l’inauguration du nouveau musée de la Résistance Nationale à Champigny-sur-Marne

Notre camarade du PCF pays de Morlaix Lucienne Nayet, ancienne élue communiste à la culture à Champigny-sur-Marne, enfant cachée et fille de déporté mort à Auschwitz, est la présidente du Réseau du Musée de la Résistance Nationale. A ce titre, elle inaugurait le nouveau musée de la Résistance Nationale le samedi 29 février dernier et prononçait ce discours très beau et émouvant, chargé de sens surtout.

L’ouverture du nouveau musée de la Résistance Nationale est l’aboutissement d’un magnifique travail collectif dans lequel Lucienne s’est énormément investi que nous saluons aujourd’hui.

Messieurs les Sénateurs,
Monsieur le Député,
Madame la Présidente du Conseil Régional d’Île-de-France,
Monsieur le Président du Conseil départemental du Val-de-Marne,
Monsieur le Maire de Champigny-sur-Marne,
Mesdames et messieurs les élu(e)s régionaux, départementaux et municipaux,
Mesdames et messieurs les représentant(e)s d’associations,

Chers Ami(e)s,
Chers toutes et tous,

En ce jour mémorable, j’ai une émotion intense pour tous ces résistantes et résistants qui sont à l’origine de cette création d’exception : rassembler des archives et ouvrir un musée, le rêve commun de ce collectif de femmes et d’hommes qui oeuvrent depuis 1965, est enfin réalisé. Un grand musée national de la Résistance, ainsi que l’ont dit Georges Marrane, dirigeant de la zone sud, sénateur et maire d’Ivry de 1925 à 1939 et Roland le Moullac, secrétaire de l’Association du Musée de la Résistance dans un extrait de la revue créée en 1965 « Nous voulons faire de notre musée une réalisation valable pour des générations ; nous voulons que, retraçant une page glorieuse de l’histoire de la France, il insère celle-ci dans notre patrimoine national […] Tous les courants de pensée et d’action de la Résistance ont leur place […] Evidemment, les premières personnes auxquelles nous pensons sont les anciens résistants, maquisards, FTPF, FFI, FA, anciens emprisonnés, internés, déportés, ainsi que leur famille, leurs proches amis, leurs connaissances, les témoins, […] les gaullistes, communistes, socialistes, catholiques, protestants, juifs et aussi des représentants d’immigrés vivant en France, ayant si courageusement combattu dans la Résistance patriotique pour l’indépendance de la France ».

Notre musée de France qui a ouvert en 1985 à Champigny-sur-Marne grâce à l’aide de la ville dans le site Vercors rebaptisé Jean-Louis Crémieux Brilhac en mars 2016.
Ainsi, le département du Val-de-Marne présidé par Christian Favier, qui avec la ville est notre partenaire depuis le début, a décidé de mettre à disposition ce beau bâtiment Aimé Césaire construit par l’agence Lelli dans ce bel environnement que sont les bords de marne, un écrin exceptionnel de verdure.
Et puis l’apport des subventions et soutiens des conseils départementaux de Seine-Saint-Denis, de la ville de Paris, de la Région Île-de-France, des ministères de tutelles (Défense, Anciens Combattants, Culture, Education nationale) nous permettant ainsi de réaliser ce nouvel aménagement, et dirigé par le groupement Lorenzo Greppi et Juliette Saladin ; une scénographie vivante, pleine d’inventions, exposant la résistance intérieure et extérieure dans des multiples questionnements. En un mot : Superbe ! Une scénographie vivante, pleine d’inventions, exposant la Résistance intérieure et extérieure dans de multiples
questionnements, des salles pleines d’ingéniosité, intelligentes, pour servir l’Histoire dans une atmosphère émotionnelle. Chaque objet, chaque document, sont des parcours de tranche de vie. En un mot : Saisissant.

Ce nouveau beau site qui va ouvrir ses portes aujourd’hui avec vous madame Pécresse, monsieur Favier et monsieur le Maire de Champigny-sur-Marne est un projet développé sur deux sites :

– Ici l’exposition permanente du MRN et ses activités pédagogiques,
– Et l’ancien (avenue Marx Dormoy) sera consolidé pour être le lieu de conservation de la Collection et un centre de documentation et de recherche.

Ces deux pôles permettront de mieux porter l’Histoire et la Mémoire de la Résistance, partout en France, en lien et appui avec notre réseau de 22 musées que j’ai l’honneur de présider.

Grâce à ces deux lieux, grâce à sa richesse associative et tous ces bénévoles qui travaillent sans relâche et que je remercie vivement, nous allons pouvoir poursuivre et mettre en avant les quatre enjeux, qui réunis, font sa force ; être un musée exposant l’une des plus belles collections sur l’Histoire de la Résistance,
être un espace de médiation culturel et citoyen, un acteur de la communauté éducative et un lieu de recherche.

Je suis convaincue que l’équipe professionnelle dirigée par Thomas Fontaine et Fatih Ramdani portera en synergie ces enjeux. Je salue Guy Krivopissko, en poste jusqu’en juin 2016 et qui pour des raisons familiales ne peut être présent mais est de tout cœur avec nous, je remercie infiniment le personnel du musée, petite
équipe de 9 personnes, qui a travaillé sans relâche depuis des mois et une grande partie de la nuit.

Je voudrais revenir sur les fondatrices et fondateurs du MRN, pendant que je vous parle je pense profondément à eux, ces résistantes et résistants que j’ai eu la chance de rencontrer et avec lesquels j’ai discuté, qui ont façonné mon parcours, forger une passion de force et de vitalité pour comprendre et réfléchir sans cesse.

Pourquoi ont-elles et ont-ils accolé l’adjectif « nationale » au mot « Résistance » ? Ils ont voulu rappeler et signifier que l’essence du combat de la Résistance Française (intérieure et extérieure) était placée sous le signe de la nation (trahie, occupée, tyrannisée, pillée), inséparable depuis 1789 des principes humanistes,
patriotiques et républicains (justice, droits de l’homme, indépendance, souveraineté du peuple, liberté, égalité et fraternité) et que ces principes dessinaient l’horizon émancipateur et universaliste de leur engagement en résistance.

L’extinction progressive de la génération des témoins nous pose une réflexion d’ensemble sur la mémoire, sur son questionnement et sur sa transmission pour aujourd’hui et pour demain. L’obligation de se confronter à son passé pour en soigner les traumatismes, lutter contre l’oubli et le négationnisme sont devenus des lieux communs. Notre inquiétude est d’autant plus forte au vu des évènements récents qui se sont déroulés en Allemagne.

Qui pour transmettre la mémoire après la disparition, je le répète, des témoins ?

A quoi sert l’histoire si elle ne sert pas à émanciper l’humanité. Les acteurs de cette transmission sont notre musée, les professeurs, les musées à travers la France, les historiens, les centres d’archives, les recherches tant visuelles que sonores.

Nos collections toujours et sans cesse enrichies vont permettre de toujours mieux travailler les problématiques et enjeux de cette période que fut la Résistance.

J’aime bien évoquer les mots de Jean-Louis Crémieux Brilhac qui rappelait que la Résistance était un rassemblement de libertés dans une école de liberté ou ceux de Marc Bloch (historien et résistant fusillé le 6 juin 1944) qui disait « l’ignorance du passé ne se borne pas à nuire à la connaissance du présent, elle compromet dans le présent l’action même ». Cette belle histoire de la Résistance doit être enseignée parce qu’elle rassemble et n’exclut pas. Ou aussi Raymond Aubrac, résistant et commissaire de la République désigné par De Gaulle, qui aimait dire :

Pourquoi j’ai résisté (je cite de mémoire) :
– Je savais que cela servirait à quelque chose
– On pouvait mourir mais j’agissais pour les nouvelles générations
– J’avais des espérances actives

En suivant ces enseignements, je suis persuadée que tous ceux qui demain viendront visiter notre musée ne pourront être seulement les spectateurs ou les observateurs de cette mémoire. Ils devront en être les actrices et acteurs.

Cette aventure humaine et collective n’a pas fini de nous léguer un héritage.

Nous sommes les acteurs de sa transmission.

Ces mots nous les écrirons sur ces murs de l’espace « Aimé Césaire ». Ce député maire de Fort-de-France, décédé en 2008, qui a incarné de façon singulière sur un double plan, poétique et politique, la prise de conscience de l’être noir qui reste une pensée forte du XXème siècle.

Pour finir, j’ai eu envie de parcourir à nouveau le livre La vie à en mourir-Lettres de fusillés 1941-1944, que le MRN a publié.

Ils s’appelaient Henri Bajtsztok, Tony Bloncourt, René Bonpain, Henry Fertet, Olga Bancic, Honoré d’Estienne d’Orves, Léon Jost, Guy Moquet, Gabriel Péri, Arthur Loucheux, ces milliers de résistantes et de résistants célèbres ou anonymes.

Tous leurs mots sont l’ultime acte de résistance de femmes et d’hommes restés debout face à leur destin.
Oui la mémoire et son travail n’est pas une dévotion, c’est une création permanente.

Cette mémoire collective comme source d’enseignement, de critique, d’apprentissage pour le jeune citoyen d’aujourd’hui.

Le dernier mot en citant Paul Eluard, manuscrit original du poème Liberté qui est dans nos archives « Si l’écho de leurs voix faiblit nous périrons »

Je vous remercie.

Lucienne Nayet

Visite libre de l’exposition temporaire « Georges Despaux » Centre d’études et musée Edmond-Michelet de Brive-la-Gaillarde

Visite libre de l’exposition temporaire « Georges Despaux » Centre d’études et musée Edmond-Michelet de Brive-la-Gaillarde

Visite libre de l’exposition temporaire « Georges Despaux » Centre d’études et musée Edmond-Michelet, 16 mai 2020-16 mai 2020, Brive-la-Gaillarde.

Visite libre de l’exposition temporaire « Georges Despaux » Centre d’études et musée Edmond-Michelet, le samedi 16 mai à 20:00
En lien avec l’exposition temporaire centrée sur les dessins de Georges Despaux réalisés dans le camp de concentration de Buchenwald, vous pourrez également découvrir le travail des élèves du Centre Municipal d’Arts Plastiques qui exposent des portraits et qui expriment à leur façon leurs ressentis face à ces dessins pour l’histoire. Entrée libre
Venez visiter l’exposition temporaire du musée centrée sur les dessins de Georges Despaux, réalisés dans le camp de concentration de Buchenwald : portraits de déportés, scènes de vie dans le camp…
Centre d’études et musée Edmond-Michelet 4 rue Champanatier, 19100, Brive-la-Gaillarde Brive-la-Gaillarde Corrèze

Message de la Journée nationale du Souvenir des Victimes et des Héros de la Déportation – Dimanche 26 avril 2020

Message de la Journée nationale du Souvenir des Victimes et des Héros de la Déportation – Dimanche 26 avril 2020

Message de la Journée nationale du Souvenir des Victimes et des Héros de la Déportation – Dimanche 26 avril 2020

Il y a soixante quinze ans, au printemps 1945, plus de 700 000 hommes, femmes et enfants étaient regroupés dans ce qui restait de l’univers concentrationnaire et génocidaire nazi à l’agonie.
La moitié d’entre eux devait encore périr, notamment dans les marches de la mort, avant que les armées alliées, dans leur progression, n’ouvrent enfin les portes des camps sur une insoutenable vision d’horreur.
Les survivants de ce drame du genre humain, par leur esprit de résistance, leur volonté et leur profond attachement à préserver leur dignité, ont surmonté des conditions inhumaines malgré la présence et la menace permanentes de la mort.
Le 1er octobre 1946 s’achevait le procès de Nuremberg qui fondait la notion de « crime contre l’humanité » et posait les bases du droit pénal international.
De tout cela, rien ne doit être oublié…
Et pourtant, si les déportés ont su montrer dans les pires circonstances que la résistance face au crime demeurait toujours possible, leur persévérance à témoigner partout et auprès de tous ne suffit pas à faire disparaître la haine, le racisme, la xénophobie, l’antisémitisme et le rejet des différences.
Combattre sans relâche les idéologies qui affaiblissent notre modèle républicain et prônent le retour à l’obscurantisme et au fanatisme,
Promouvoir la tolérance,
Investir dans l’éducation morale et civique des jeunes générations.
C’est le message des déportés, qui veulent faire de la journée nationale du Souvenir des Victimes et des Héros de la Déportation, une journée d’hommage, de recueillement, et plus encore, d’engagement personnel.
La période dramatique de la déportation rappelle en effet cruellement que les êtres humains sont responsables de l’avenir qu’ils préparent à leurs enfants, et qu’ils partagent une même communauté de destin.
Ce message a été rédigé conjointement par :
La Fédération Nationale des Déportés, internés, Résistants et Patriotes (FNDIRP)
La Fondation pour la Mémoire de la Déportation (FMD) et les Associations de mémoire des camps nazis,
L’Union Nationale des Associations de Déportés, Internés, de la Résistance et Familles (UNADIF-FNDIR)

Le lieutenant Vassili Porik aurait fêté aujourd’hui son 100e anniversaire mais en 1944, à l’âge de 22 ans, cet officier soviétique qui commandait un bataillon de résistants en France a été fusillé par les nazis.

Vassili Porik est le seul officier soviétique à avoir reçu le titre de Héros de l’Union soviétique pour avoir participé aux activités militaires en France pendant la Seconde Guerre mondiale, raconte à Sputnik Sergueï Dybov, directeur de l’association Mémoire russe.

Le bataillon de résistance soviétique sous le commandement du lieutenant de l’Armée rouge Vassili Porik, qui s’était enfui d’un camp allemand, a agi pendant la guerre dans la banlieue de la ville de Lens. Cette unité a mené 300 opérations réussies et a fait dérailler 10 trains. Le 25 avril 1944, le jeune lieutenant a été capturé et fusillé.

«Porik est le seul officier soviétique à avoir reçu le titre de Héros de l’Union soviétique pour des activités militaires sur le territoire français. Il est également l’un des rares héros de la Résistance à avoir reçu des récompenses à l’époque soviétique. Par miracle, il est parvenu à surmonter le voile de méfiance qui entourait les prisonniers de guerre. Cela signifie que sa biographie, sa vie et ses exploits étaient irréprochables. Aujourd’hui, il aurait eu 100 ans», partage Sergueï Dybov.

Le directeur scientifique de la Société militaire historique russe, Mikhaïl Miagkov, pense que le destin de Vassili Porik est devenu le symbole du courage et de l’invincibilité des officiers soviétiques.

Survivre et se battre

Ilia Vassiliev, directeur de la fondation dédiée à la mémoire d’Alexandre Petcherski, affirme aussi que Vassili Porik etait un symbole marquant de la Résistance.

«C’est un exemple important pour l’histoire, notamment aujourd’hui qu’il ne reste pratiquement plus de témoins en vie. Son exemple montre clairement comment les prisonniers de guerre détenus dans des conditions insupportables se battaient contre le système nazi brutal et, qui plus est, gagnaient», remarque-t-il.

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Visites guidées Exposition ‘Laure Diebold, Marie Hackin, Héroïnes oubliées’, 23 février 2020-23 février 2020, Schirmeck,.

Visites guidées Exposition ‘Laure Diebold, Marie Hackin, Héroïnes oubliées’, 23 février 2020-23 février 2020, Schirmeck,.

Visites guidées Exposition ‘Laure Diebold, Marie Hackin, Héroïnes oubliées’ 2020-02-23 – 2020-02-23
Schirmeck Bas-Rhin Schirmeck

Le Mémorial Alsace-Moselle organise des visites guidées GRATUITES plusieurs dimanches par mois pour l’exposition « Laure Diebold, Marie Hackin, Héroïnes oubliées ». Elles se déroulent à 15h00 pour 25 personnes maximum (sur inscription : mel.alvesrolo@gmail.com ).

L’exposition :
1038 compagnons de la Libération. 6 femmes. Une Mosellane, une Alsacienne. Mais qui connaît les noms de ces deux résistantes hors du commun ?
Laure Diebold, l’alsacienne, Marie Hackin, la mosellane, toutes deux distinguées de la plus haute médaille de la Résistance française : la Croix de la Libération. Ces deux femmes ont connu un destin incroyable, et pourtant sont rapidement tombées dans l’oubli. Pour les faire revivre et entretenir leur mémoire, le Mémorial Alsace-Moselle a organisé cette exposition.

+33 3 88 47 45 50

Autriche : les survivants du camp de Gusen se battent pour en faire un lieu de mémoire

Autriche : les survivants du camp de Gusen se battent pour en faire un lieu de mémoire

Durant la Seconde Guerre mondiale, Gusen fut le camp d’extermination le plus meurtrier et le plus vaste d’Autriche. Pourtant, les familles de déportés et les survivants se battent seuls pour que les vestiges ne disparaissent pas.

Gusen, en Autriche. Entre 1940 et 1945, plus de 35 800 déportés ont trouvé la mort dans ce camp d’extermination par le travail. Républicains espagnols, résistants français, polonais, au total, 27 nationalités y ont été exploitées, torturées, tuées. Pourtant, Gusen, le camp le plus meurtrier et le plus vaste d’Autriche, tombe peu à peu dans l’oubli. Un lotissement a même été construit sur l’emplacement du camp. Des maisons luxueuses, avec piscine, se sont installées à côté des vestiges.

« Nous devons aux survivants d’avoir un mémorial »

Sans l’initiative des familles de déportés et des survivants, tout aurait disparu. « Grâce à des dons, les survivants ont acheté dans les années 1960 le terrain où se trouvait le crématorium, et ils ont construit un mémorial, mais il n’est pas connu et il est tout petit. Nous devons aux survivants d’avoir un mémorial », explique Bernhard Mühleder, historien spécialiste de Gusen. Ce modeste centre d’accueil ne suffit pas cependant à apaiser la douleur des Polonais. Sur les 71 000 détenus, 90% venaient de Pologne. Varsovie fait pression depuis des années pour que le site devienne un véritable lieu de mémoire. En janvier, Vienne a enfin annoncé le déblocage de 2 millions d’euros.

 

Des Polonais de France aux Français d’origine polonaise

Des Polonais de France aux Français d’origine polonaise

  • Date de publication • 04 février 2020
  • Temps de lecture estimé • 15 minutes

Une analyse des mécanismes d’intégration d’une population immigrée en France, loin des clichés et des simplifications entachant souvent le débat public.

Alors que le modèle de l’intégration « à la française » est sérieusement questionné depuis plusieurs années maintenant, il peut être salutaire de se tourner vers les sciences humaines et sociales pour y trouver les outils propres à la réflexion. C’est là l’un des mérites du livre que vient de publier Pawel Sekowski traitant des Polonais en France au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Chercheur polonais, docteur des universités de la Sorbonne et Jagellon (Cracovie), enseignant-chercheur au sein de cette seconde institution, l’auteur entreprend de questionner les ressorts, les modalités et les temporalités de l’intégration des Polonais au sein de la société française en 1944-1949. Pour ce faire, il s’appuie sur un riche corpus de sources essentiellement françaises et polonaises mais également britanniques.

 

Les Polonais en France en 1945-1949 : portrait de groupe

Le premier résultat de ces recherches est un portrait de groupe extrêmement détaillé des Polonais vivant en France en 1944-1949 illustrant la diversité de leurs profils sociaux et professionnels, de l’origine de leur présence en France et de leurs rapports au pays d’accueil, au-delà du cliché réducteur du mineur polonais. La plupart des Polonais présents en 1945 sur le sol national étaient des travailleurs d’origine paysanne ayant migré volontairement pendant l’entre-deux-guerres, parfois après avoir résidé et travaillé en Westphalie et en Rhénanie, pour trouver un emploi dans le bassin houiller, l’industrie ou l’agriculture. Cependant, d’autres, issus des couches sociales plus élevées – notamment officiers et fonctionnaires – avaient fui leur pays envahi en septembre 1939. Par ailleurs, l’occupant nazi avait déporté des dizaines de milliers de travailleurs forcés dans la « zone réservée » du nord-est de la France en 1943-1944. D’autres enfin, dont l’arrivée était plus tardive, avaient quitté la Pologne après la mise en place de la tutelle soviétique.

Sur un plan géographique, cette population polonaise présentait une répartition particulière. Certes, les deux départements du Nord et du Pas-de-Calais accueillaient des effectifs élevés, mais la région parisienne et ses marges septentrionales concentraient également une population polonaise importante, de même que les départements de la Moselle, de la Meurthe-et-Moselle et de la Saône-et-Loire. Cette géographie correspondait à des temporalités et à des motivations différenciées : à la présence des mineurs polonais dans le bassin minier, de Béthune à Valenciennes, s’opposait la concentration de nombreux juifs polonais à Paris, la capitale étant également, avec l’agglomération formée par Lille, Roubaix et Tourcoing, un lieu d’accueil privilégiés des « nouveaux immigrés polonais » arrivés pendant ou peu après la Seconde Guerre mondiale, travaillant essentiellement dans le secteur industriel. Enfin, les départements ligériens et du sud de la France accueillaient des effectifs beaucoup plus restreints de travailleurs polonais, essentiellement des ouvriers agricoles.

Si l’isolement des Polonais au sein de la société française avant 1945 a longtemps été exagéré, la cohésion culturelle de la population polonaise en France demeura jusqu’en 1945 très forte. Dans l’entre-deux-guerres, tandis que les femmes entretenaient la tradition polonaise au sein de la famille, les enfants de mineurs polonais recevaient un enseignement spécifique dans la langue de leur patrie d’origine, dans le cadre favorable des écoles privées financées par les compagnies houillères. De nombreux prêtres polonais officiaient au sein des communautés polonaises où ils exerçaient une autorité que d’aucuns qualifiaient d’ « autocratique ». Un tissu associatif dense et diversifié contribuait également à faire vivre la « polonité » au sein des communautés polonaises immigrées. Toutefois, la Seconde Guerre mondiale et ses suites immédiates ébranlèrent ces structures, tout comme la cohésion des Polonais de France.

L’engagement des Polonais de France dans la Résistance et les combats de la Libération fut particulièrement fort, ce qui s’explique sans doute par le sentiment de lutter contre un occupant doublement oppresseur – de la patrie d’accueil et de la patrie d’origine. Toutefois, la Résistance polonaise en France se divisa dès l’été 1944 entre allégeance maintenue au gouvernement polonais en exil à Londres et reconnaissance de l’autorité du Comité polonais de libération national, embryon du futur gouvernement polonais installé par les Soviétiques. Cette division politique des Polonais de France, qui s’accentua nettement à partir de 1947, concourut, avec la désaffection des jeunes de la deuxième génération, à plonger la vie associative polonaise dans une véritable crise après 1945. Par ailleurs, l’épiscopat français restreignit fortement les prérogatives des prêtres polonais, réduisant d’autant leur influence sur leurs ouailles, tandis que la nationalisation des houillères entraînait la fermeture de nombreux cours en langue polonaise.

La présence polonaise en France à l’épreuve de la « réémigration »

Si cette dissolution des structures de la société polonaise de France favorisa l’intégration des Polonais, le principal révélateur de cette intégration fut exogène. Sitôt la Pologne libérée, le gouvernement polonais de Varsovie, reconnu par Paris dès juin 1945, déploya une politique destinée à rapatrier les travailleurs polonais émigrés, notamment en France. Pour Varsovie, un retour massif des émigrés représentait à la fois un symbole fort d’adhésion de l’ensemble de la communauté nationale polonaise au nouveau régime et un surcroît de main d’œuvre au service de la reconstruction nationale, notamment dans les mines. Les associations et les journaux polonais en France favorables à Varsovie présentèrent la nouvelle Pologne comme une « bonne mère » pour ses fils et filles dispersés, par opposition à la Pologne d’autrefois, « mauvaise belle-mère ». Pour ces émigrés dont le retour au pays représentait depuis leur arrivée en France l’horizon mental, l’heure du choix était venue.

Si les résultats atteints en 1946 furent satisfaisants pour Varsovie – « réémigration » de 20 000 Polonais, dont 5 000 mineurs –, ils furent en 1947 et en 1948 très en-deçà des attentes. Pawel Sekowski rappelle l’importance de l’adoption en octobre 1945 d’un nouveau code de la nationalité permettant aux immigrés de longue date d’accéder plus facilement à la nationalité et, en conséquence, aux assurances maladie et vieillesse et aux allocations familiales. Par ailleurs, dès juin 1945, le gouvernement prit la décision de favoriser le maintien en France des mineurs polonais. Ainsi s’explique le contingent très limité de travailleurs polonais fixés dans les conventions franco-polonaises de rapatriement passées en 1946-1948, puis la multiplication des obstacles posés par l’administration française à ces rapatriements en 1948 et, finalement, le refus pur et simple de Paris de passer une nouvelle convention pour l’année 1949.

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