Dévoilement de plaque
Laurence Patrice est avec Karen Taïeb.



30 juin 1945, Ginette Cherkasky arrive chez elle, dans l’appartement familial de la rue Jean Pierre Timbaud. Elle a 20 ans et pèse 26 kg. Totalement squelettique ! Décharnée. Le résultat de sa déportation. Elle rentre de Theresienstadt après Birkenau, Bergen-Belsen et Raghun.
Son père, son frère et son neveu, juifs comme elle et déportés avec elle dans le même convoi 71, ne reviendront pas. Sa mère ne s’en remettra jamais et restera dans le mutisme jusqu’à sa mort. Au contraire, ses cinq sœurs ont tout compris et ne demandent rien à Ginette. De toute façon, comment raconter l’abject ?
« Il n’y avait aucune humanité. » Ginette Kolinka

POUR LES ENSEIGNANTS ET CHERCHEURS
Janvier – Février 2022 Par l’équipe Convoi 77 France de Sciences Po Paris
equipeconvoi77.sciencespo@gmail.com
– A noter dans vos agendas !
Les étudiants en master à Sciences Po Paris, engagés dans un projet collaboratif avec Convoi 77, vous invitent à assister à une conférence qu’ils organisent et qui aura pour thème : « Commémorer la Shoah au XXIème siècle : nouveaux défis, nouvelles perspectives ? »
Un.e sociologue, un.e historien.nne ainsi qu’un.e enseignant.e qui travaille avec Convoi 77 échangeront sur les enjeux de la commémoration et les perspectives futures pour en renforcer la force et la portée, dans une discussion animée et modérée par François Heilbronn, vice-président du Mémorial de la Shoah. La conférence s’achèvera avec les questions de l’assistance.
Nous vous informerons prochainement du nom des invités conviés ainsi que des sujets abordés plus précisément, de même que les modalités d’inscription si vous souhaitez assister à l’événement.
QUAND ? Mercredi 16 mars 2022 de 19h15 à 21h15
OU ? Amphithéâtre Simone Veil, 28 rue des Saint-Pères, 75007 Paris
N’hésitez pas à nous contacter dès à présent sur cette adresse mél si vous souhaitez participer, donner vos idées, réagir … : equipeconvoi77.sciencespo@gmail.com
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Déplacement mémoriel de Jean Castex à Auschwitz
L’importance de la transmission de l’histoire de la Shoah A l’occasion de la journée internationale de commémoration pour la mémoire des victimes de la Shoah, le Premier ministre s’est rendu à Oświęcim le 27 janvier dernier, soixante-dix-sept ans après la libération par les forces alliées du camp d’Auschwitz-Birkenau. Entouré de Serge Klarsfeld, d’Haïm Korsia, Grand Rabbin de France, et de Francis Kalifat, président du Crif, ainsi que des autorités locales, Jean Castex a rendu un hommage appuyé à la mémoire des millions de victimes, connues et inconnues, de la barbarie nazie.
Caractérisée par la présence exceptionnelle de Léon Lewkowicz et Elie Buzyn, rescapés d’Auschwitz, la visite a également été l’occasion pour le Premier ministre d’exprimer son inquiétude face à la recrudescence des actes de haine et propos révisionnistes dans la sphère publique, dénonçant en ces derniers l’œuvre de « falsificateurs de l’histoire ».
Symboles de la nécessité de cette transmission, plusieurs lycéens français ont assisté à la cérémonie avant de visiter, aux côtés du Premier ministre, le mémorial et le musée d’Auschwitz-Birkenau. Ils ont alors pu échanger avec les survivants de la Shoah, témoins des atrocités commises en ces lieux.
La portée de cette commémoration est d’autant plus forte que la visite du Premier ministre précédait de quelques heures la participation du Président de la République et du ministre de l’Éducation Nationale à la cérémonie « Témoignage, Mémoire, Enseignement, Histoire : transmettre la Shoah aux générations futures » au sein du Conseil de l’Europe, à Strasbourg.

Dans Les nomades face à la guerre, Lise Foisneau met à jour la violence de la politique de l’État contre les nomades via leur assignation à résidence. Une réalité effroyable jusqu’à présent méconnue.
Peu d’historiens ont étudié le sort des nomades, en France, durant la Seconde Guerre mondiale. Et les travaux menés depuis les années 1980 se sont focalisés sur un aspect de la répression : leur internement dans des camps. Éthnologue chargée de recherche au CNRS, Lise Foisneau élargit la focale : elle s’intéresse aux mesures de surveillance et de contrôle prises par l’État avant même le vote des pleins pouvoirs à Pétain, jusqu’à la situation d’après-guerre ; et surtout elle s’attache à la résistance des nomades face à l’inflation bureaucratique et répressive.
Depuis la loi du 16 juillet 1912 existaient en France des statuts différents pour trois catégories d’individus exerçant des professions ambulantes : les marchands ambulants, les forains et les nomades. Entre autres contraintes bureaucratiques, les nomades devaient posséder un carnet anthropométrique individuel et faire systématiquement viser leurs arrivées et départs dans les communes. Ainsi, la discrimination des nomades n’est pas un phénomène nouveau lorsque la guerre commence.
Cependant, le 6 avril 1940, un décret vient bouleverser le mode de vie des nomades en interdisant leur circulation et en les assignant à résidence. L’État prétexte que leurs déplacements incessants leur permettraient de recueillir de nombreux et importants renseignements – « pour la Défense nationale un danger très sérieux » ! Quand elles ne sont pas internées dans des camps, les familles se trouvent ainsi rattachées au territoire d’une commune ou d’un canton, sous la surveillance de la brigade de gendarmerie locale, soumises au couvre-feu, dans l’impossibilité de pratiquer leurs métiers ambulants. Il s’ensuit des conditions sociales et sanitaires dramatiques.
Pour Lise Foisneau, on est là au cœur d’un processus de « déshumanisation », puisque l’État contraint, sous peine de lourdes sanctions, une population à renoncer à sa manière d’être au monde. De plus, mettant en œuvre en réalité une politique raciste (sous couvert des indices que seraient les modes de vie, le manque de « morale » ou encore des « caractéristiques ethniques » particulières), il n’a prévu aucun moyen. Les nomades développent seuls des stratégies de survie, dans le climat difficile de l’Occupation allemande. Aiguillonnées par la politique pétainiste, les populations voisines des lieux d’assignation sont souvent hostiles… et parfois solidaires.

Le Musée de la Résistance & de la Déportation accueille le jeudi 10 mars 2022 de 9h00 à 16h30 une journée d’étude « Femmes en résistance, d’ici et d’ailleurs, de 1940 à nos jours ». Regards posés sur les femmes en résistance, depuis les figures connues ou méconnues de la Seconde Guerre mondiale, jusqu’à leurs combats les plus contemporains à travers le monde.

Ce sont deux petites silhouettes en laine surgies du passé. Dans son dernier roman « Un kibboutz en Corrèze », l’auteur sarladais Jean-Luc Aubarbier ressuscite Nénette et Rintintin, ces poupées qui, pendant les deux guerres, ont soutenu le moral des troupes.
Elles ne payent pas vraiment de mine et pourtant leur pouvoir est celui d’un fétiche, quasi magique. Qui se souvient de Nénette et Rintintin ? Ces petites poupées, littéralement fabriquées avec quelques bouts de ficelle – ou plutôt de laine -sont devenues au fil des conflits des symboles de la résistance de la France à l’envahisseur allemand. Une tradition aujourd’hui presque oubliée que Jean-Luc Aubarbier a exhumée dans son roman Un kibboutz en Corrèze (Presses de la Cité, septembre 2021)

Le Centre d’Histoire de la Résistance et de la Déportation de Lyon célèbre ses trente ans et met en avant les visages de la guerre. Des portraits issus des collections du musée, dans une exposition qui rend hommage à tous ceux qui ont subi ou lutté contre la barbarie. A découvrir jusqu’au 18 septembre 2022
30 ans de collections, et une multitude de visages. Visages de résistants, de libérateurs, d’oppresseurs, de survivants de la Shoah, et de prisonniers de guerre. Des portraits, en photo ou en peinture, qui nous plongent au cœur de la Seconde guerre. Autant de témoignages, directs ou indirects, regroupés pour cette exposition à l’occasion du trentième anniversaire du Centre d’Histoire de la Résistance et de la Déportation de Lyon. Des visages qui captent le regard des visiteurs, incarnant l’oppression, la douleur de l’absence ou la détermination.
Des visages, et des regards saisissants, comme cette série de portraits suspendus de prisonniers de guerre dans un stalag allemand, peints par le Lyonnais Jean Billon, témoignant d’un quotidien de désespoir et d’attente, et surtout d’un après peu glorieux : « Sur le plan psychologique, c’était très compliqué d’être prisonnier, ça veut dire aussi que, quelque part, on a perdu la guerre, et ce n’était pas une histoire héroïque. Donc à la Libération on a parlé des résistants, on a parlé de la souffrance des déportés, mais beaucoup moins des prisonniers de guerre, et c’est un juste hommage à leur faire aujourd’hui que de venir les regarder », raconte Isabelle Doré-Rivé la commissaire de l’exposition.

Line Pélissier est née en 1926 à Caveirac. Elle était la fille de Jean et Lucie Boissier, viticulteurs caveiracois qui ont marqué l’histoire du village mais aussi de la région pendant la Seconde Guerre mondiale. Ils avaient été décorés de la médaille des Justes des Nations à Lasalle, en 1995, après avoir caché plusieurs familles juives dans le village dont un jeune homme qui s’était réfugié chez eux pendant plus de six mois.
Line avait contribué avec ses parents à ce sauvetage mais elle avait aussi effectué des actes tout aussi héroïques pour la Résistance française.
En effet, tout juste âgée de 16 ans, elle livrait des messages au réseau de la Résistance en traversant à bicyclette les contrôles de l’armée nazie ou de la milice.
Plus tard, elle a travaillé à l’étude notariale de Clarensac et s’est mariée avec Louis Pélissier. Ils ont eu deux enfants, Hélène et Jean-Louis. La famille s’est alors installée dans le village de Clarensac.
Line Pélissier a participé à la mémoire collective de la Résistance dans la Vaunage. Elle était jusqu’alors la mémoire vivante de cette période noire qu’elle contait à ses proches. Elle a également contribué à la reconnaissance de Justes des Nations des personnes qui avaient, au péril de leur vie, caché des familles juives. Enfin, elle avait participé à la rédaction de témoignages dans des ouvrages ou lors des colloques sur cette période.
Figure de Caveirac, elle est inhumée ce lundi 7 février au temple de Clarensac. Midi Libre présente ses sincères condoléances à sa famille.
