Parution du N°272 de Châteaubriant
Exposition
Retrouvées par hasard, 5 000 photos cachées de la guerre civile espagnole

Choqué par la guerre, le Catalan Antoni Campañà avait toujours refusé de publier ses témoignages photographiques du conflit d’il y a quatre-vingt ans. Elles ont finalement été retrouvées au fond d’un garage d’une maison de famille.
Selon le quotidien catalan La Vanguardia, il s’agit “du dernier grand trésor photographique de la guerre civile espagnole” (1936-1939). Lors de la démolition d’une maison ayant appartenu à Antoni Campañà sont apparues, au fond du garage, deux boîtes rouges contenant plus de 5 000 photos, la plupart des négatifs, mais également plusieurs centaines de tirages.
Des clichés traumatisants
Le photographe, mort en 1989, avait publié quelques photos du conflit à Barcelone, notamment pour La Vanguardia, puis avait cessé. “Il était républicain, démocrate et croyant, écrit le site El Diario.es. Mais l’expérience traumatisante du conflit ainsi que l’utilisation [à des fins de propagande] que faisaient les deux camps de ses photos ont fait qu’il a préféré les oublier.” “Il n’a jamais voulu que l’on apprenne qu’il avait fait de photos de la guerre”, témoigne son fils Antoni dans La Vanguardia.
Aujourd’hui une sélection de ces photos “cachées” vient de faire l’objet d’un livre, en catalan, publié par l’éditeur barcelonais Comanegra : La Capsa Vermella (“La Boîte rouge”). Les photos ont été sélectionnées, expliquées et contextualisées par le journaliste Plàcid Garcia-Planas, l’historien Arnau Gonzàlez i Vilalta et le photographe David Ramos.
“Mais pourquoi, alors qu’Antoni Campañà ne voulait plus entendre parler de ces photos, ne les a-t-il pas détruites ?” s’interroge La Vanguardia. Le quotidien évoque une explication possible :
Même si elles étaient pleines de tristesse et d’amertume, les détruire aurait signifié détruire son regard. Se détruire lui-même.
PROCHAINS ÉVÉNEMENTS DES HAUTS LIEUX DE LA MÉMOIRE NATIONALE EN ÎLE-DE-FRANCE
REPORT DU COLLOQUE : « RÉPRESSION APRÈS LE DÉBARQUEMENT DU 6 JUIN 1944 »
À l’origine prévu le vendredi 13 décembre 2019,
le colloque est reporté au vendredi 24 janvier 2020
LE COLLOQUE
Colloque organisé par l’Association Nationale des Fusillés et massacrés (Anffmrfa), l’association pour le souvenir des fusillés Mont Valérien (Asfmvid), l’Amicale de Châteaubriant (Acvra), l’Ujre ,en partenariat avec la Ville de Paris, le Musée de la Résistance Nationale, le Dictionnaire des fusillés et massacrés Maitron, le Cpl, l’Ihs Cgt
Lieu : Auditorium de la Ville de Paris 5 rue Lobau (M° Hôtel de Ville), vendredi 13 décembre 2019, de 9h à 17h
Inscription gratuite et carte d’identité obligatoires
PROGRAMME
La France après le débarquement, état des lieux : Claude PENNETIER chercheur au Cnrs, Centre d’Histoire sociale du 20è siècle, directeur du dictionnaire Maitron
Grèves insurrectionnelles dans la région parisienne
Jérome BEAUVISAGE Historien,syndicaliste, collaborateur de l’Institut d’Histoire Sociale CGT
Oradour sur Glane, un massacre impensable
Dominique TANTIN, historien, agrégé et docteur en Histoire, Président de l’association Maitron des fusillés
Les déportations après le débarquement
Claudine CARDON-HAMET agrégée et docteure en Histoire
LA REPRESSION DANS LES REGIONS
Dans la zone des combats
Jean QUELLIEN agrégé et docteur en Histoire, professeur émérite d’histoire contemporaine à l’Université de Caen, ancien directeur de l’UFR d’Histoire à l’Université de Caen 3.
Présentation par Annie PENNETIER
En Bretagne.Exemple du Morbihan.
Jean Pierre et Jocelyne HUSSON , professeurs agrégés d’histoire, auteurs régionaux du dictionnaire des fusillés
Dans le Sud-Ouest: Repression de « Das Reich » en Ariège et Haute Garonne
André BALENT professeur d’histoire, auteur régional du dictionnaire des fusillés
Dans le Centre Ouest : Creuse, Vienne, Haute Vienne.
Michel THEBAULT, agrégé d’histoire, auteur régional du dictionnaire des fusillés
Renseignements et inscriptions pour le Colloque (gratuit),
Jean Darracq tel : 06 10 98 84 15
Mail : sylvie-jean.darracq@wanado.fr
ou ANFFRMA : 9 rue Amédée Picard 94230 CACHAN
Lectoure. Expo sur La Retirada jusqu’au 9 décembre
L’exposition réalisée par les élèves de première section « bachibac » de la cité scolaire Maréchal-Lannes, ainsi que par leurs professeurs sur le thème : « La Retirada : 80 ans après ils et elles témoignent » est à voir à la mairie jusqu’au lundi 9 décembre./Photo DDM P. L.
Le 26 novembre dernier a été inaugurée une exposition réalisée par les élèves de première section « bachibac » de la cité scolaire Maréchal-Lannes, ainsi que par leurs professeurs, sur le thème « La Retirada : testimonios de una vida de exilio » (« La Retirada : 80 ans après ; ils et elles témoignent »). L’exposition est visible jusqu’au lundi 9 décembre, à la mairie. Elle est à découvrir en parallèle de l’exposition « Paysage de l’exil » installée au Centre d’art et de photographie de Lectoure. Le professeur Clémence Moussu a rappelé devant une nombreuse assistance ce qu’est La Retirada et expliqué le projet pédagogique, notamment des entretiens enregistrés en espagnol qu’il est possible d’écouter grâce aux flash-codes placés sous les portraits exposés. Elle a salué la présence à cette inauguration de nombreuses personnes dont les portraits font partie de l’exposition. Ce projet a été réalisé avec l’aide financière de la région Occitanie, Mme Jouet, professeur-documentaliste du lycée Maréchal-Lannes, une association montalbanaise, Presencia Azaña, et l’association Mémoire de l’Espagne républicaine et résistante (MERR 32), dont la présidente, Tamara Guerrero, était également présente à la mairie de Lectoure. Cette dernière a rappelé le rôle important des Espagnols dans la Résistance française au nazisme et souligné avec force la nécessité d’un écho avec la situation d’aujourd’hui : « Les 80 ans qui sont fêtés aujourd’hui, c’est une histoire qui a impacté la région mais aussi des centaines de milliers de personnes. La Seconde République espagnole s’est inspirée des valeurs de la République française, Liberté, Égalité, Fraternité, et je rajoute pour ma part Laïcité car c’est le ciment qui nous fait vivre ensemble. Cette exposition, ce ne sont pas que des images et des mots, ce sont des valeurs, véhiculées par ces hommes qui se sont battus pour notre liberté ».
CNRD 2020 : Musée de la Résistance nationale, Champigny-sur-Marne
Entre mai et juillet 1940, la France doit faire face à un effondrement sans précédent. En deux mois, elle connaît la plus importante défaite de son histoire, l’occupation ou l’annexion d’une partie de son territoire par le vainqueur, la disparition de la République et son remplacement par un État français autoritaire et collaborateur.
Dans ce bouleversement absolu, des individus conservent l’espoir et veulent résister au cours des événements. Certains tentent d’éviter la défaite, d’autres – souvent les mêmes – essaient de préserver la possibilité d’une revanche. Peu nombreux, démunis de tout ou presque, peu ou pas organisés, ils sont résolus à faire quelque chose et à trouver les moyens d’y parvenir.
La première étape est de comprendre ce qu’il s’est passé. Chacun, avec son niveau de connaissance, cherche une explication dans la situation de la France, de l’Europe ou du monde. Le milieu familial ou professionnel, les engagements politiques, syndicaux ou confessionnels, l’attachement à des valeurs ou le sentiment patriotique donnent des clés de lecture des événements et déterminent leur interprétation. Des individus d’origines très différentes et aux itinéraires personnels très contrastés peuvent se retrouver dans la même dénonciation de l’occupation et de la collaboration.
La compréhension, réfléchie ou intuitive, des événements conduit à une deuxième étape, à des actes de refus, plus ou moins spontanés. On refuse de se soumettre à l’occupant, on retourne ses panneaux de signalisation, on coupe ses câbles téléphoniques, on déchire ses affiches, sans mesurer les risques que l’on prend, alors que les sanctions peuvent être lourdes. On conteste également la légitimité de l’État français, on critique sa politique, on s’efforce de demeurer insensible à sa propagande. Quand on le peut encore, on quitte la France pour rejoindre ceux qui veulent continuer le combat depuis l’étranger. Progressivement, on découvre que l’on n’est pas tout seul à vouloir agir et qu’il est plus efficace et plus rassurant de le faire à plusieurs.
La dernière étape qui mène à la résistance est la plus délicate. Elle suppose de franchir définitivement le pas, de rompre partiellement ou totalement avec sa vie d’avant, de se reconnaître comme un rebelle et de se faire reconnaître comme tel. Ceux qui rallient la France libre veulent obtenir la victoire par la force des armes, aux côtés des armées alliées. Ceux qui restent en France improvisent des moyens d’action (fabrication et diffusion d’imprimés, manifestation, entraide, sauvetage) et des modes d’organisation (regroupements de circonstance, filières, réseaux, mouvements), d’abord modestes, puis de plus en plus élaborés au fur et à mesure de la montée en puissance de la résistance et pour contrer une répression qui porte des coups très durs. Les liens entre ceux qui luttent à l’extérieur et à l’intérieur restent encore limités.
S’interroger sur l’entrée en résistance en 1940, c’est suivre le parcours d’hommes et de femmes pris dans des événements qui les dépassent mais sur lesquels ils veulent malgré tout avoir prise, c’est partager leur volonté de ne pas renoncer et de ne pas céder à l’adversité quand la défaite est présentée comme définitive, c’est prendre conscience du courage nécessaire pour s’engager dans une voie forcément risquée et à l’issue incertaine. C’est aussi comprendre les difficultés de l’engagement, les interrogations, les hésitations ou les inquiétudes de celles et de ceux qui franchiront le pas ultérieurement, faute d’avoir osé ou pu le faire plus tôt. C’est enfin rendre hommage à ces pionniers, du général dissident au paysan insoumis, en passant par la militante antifasciste ou le patriote nationaliste, qui payèrent souvent de leur vie le fait d’avoir défendu plus tôt que leurs compagnons de lutte et d’espérance la liberté et l’honneur de la France.
Eric Brossard
Professeur relais au MRN